La traversée des Pyrénées
Après avoir rejoint Hendaye en vélo en avril-mai, me voilà de retour pour traverser les Pyrénées en mode rando par le GR10
Un gros programme en perspective avec environ 900km et 550000m D+
Hendaye à Sare : faux départ et kilomètres en trop
Il faut d’abord retrouver la trace du GR10. Une fois sur le bon chemin, le début est doux, presque accueillant. Je passe Biriatou, les montées et descentes s’enchaînent tranquillement. Les premiers pottocks, ces petits chevaux basques, apparaissent, libres et indifférents. Le col d’Ibardin se profile.
Et là, première erreur : je prends vers le sud. Un aller-retour gratuit, 1,5 km dans les jambes pour rien. Je traverse les bentas du col, ces petites boutiques typiques, et m’arrête pour le déjeuner. Un sandwich, classique, efficace.
La suite traverse une grande forêt, fraîche, traversée par un ruisseau. Puis deuxième erreur : je devais quitter le GR10 pour rejoindre les crêtes menant à la Rhune. Mais je reste sur le balisage. La Rhune est bien en ligne de mire, mais le détour est long. Très long. J’ai le chic pour rallonger les étapes.
L’ascension de la Rhune est raide, malgré ses modestes 905 m. Le sommet est noyé dans les nuages, pas de panorama aujourd’hui. Je m’accorde une pause, grignote, bois un cola. Le corps réclame du sucre, l’esprit un peu de répit.
Je repars vers Sare, objectif de fin de journée. La descente se fait par la voie à crémaillère du train de la Rhune. Le chemin est incertain, parfois inexistant. Je retrouve le GR10, puis entame une longue descente vers le village.
À Sare, je patiente 15 minutes devant l’épicerie, le temps qu’elle ouvre. J’y achète un cola local, made in Pays Basque. Puis direction le camping de Tellechea, censé être sur ma trace. Mais fidèle à mes habitudes, je continue à suivre le GR10… et m’éloigne du bon chemin.
Je m’étonne de ne pas voir le camping. Un coup d’œil à Google Maps : je suis à 1,8 km du bon endroit, avec déjà 38 km dans les jambes. Je descends quand même… pour découvrir que le camping est fermé. Ouvert à partir du 1er juillet, m’annonce le voisin. On est le 2 juin.
Je remonte les 1,8 km, les jambes lourdes, le moral un peu entamé. Je mets du temps à trouver un coin pour bivouaquer. Finalement, je m’installe. 43,6 km au compteur, pour une étape censée en faire 31,5. Et je suis à peine à 3 km du camping prévu.
De la Rhune à Iparla : orages en approche et crêtes en feu
Départ à 7h30 du bivouac, après avoir fait sécher partiellement le tarp et avalé un petit déjeuner rapide. La météo annonce des orages : il faut revoir les plans. Deux options se dessinent — Bidarray ou, plus ambitieux, Saint-Étienne-de-Baïgorry. On ajustera en cours de route.
La première partie jusqu’à Ainhoa est tranquille. Quelques grondements de tonnerre au loin, des averses légères, rien d’inquiétant. À Ainhoa, pause bien méritée : jus d’orange et croissant. Le corps remercie.
Puis vient le col des Veaux, première vraie difficulté du GR. Avant cela, le sentier m’emmène devant la chapelle Notre-Dame de l’Aubépine et son calvaire. L’ambiance est étrange, entre soleil et nuages qui filent. La montée est raide mais le chemin reste praticable.
Au col routier, la pente se durcit. Je longe la frontière, contourne l’Artzamendi en passant par le col de Mihatché, puis celui d’Artzatey. La descente vers Bidarray est technique, longeant les falaises. Des rapaces planent au-dessus de moi, portés par les thermiques. Le corps fatigue, la tête rêve.
J’arrive à Bidarray vers 14h, rincé. Tout est fermé sauf un bar-restaurant. Je m’installe, commande un diabolo fraise, puis un cola. Le temps passe, j’attends l’ouverture du Spar et du gîte à 16h.
Vers 15h, Baptiste, rencontré la veille, réapparaît. On discute météo. Mauvaise nouvelle : des orages sont prévus demain après-midi. J’ai repris un peu de jus… alors pourquoi ne pas pousser jusqu’à Saint-Étienne-de-Baïgorry ?
À 15h30, c’est décidé. On repart ensemble. Altitude de départ : 140 m. Objectif : les crêtes d’Iparla, à plus de 1000 m. La montée est rude, très rude. Mon énergie n’est pas aussi revenue que je le pensais. Une pause avec d’autres randonneurs me permet de retrouver un second souffle.
Là-haut, le spectacle est saisissant. Des rapaces partout, et même un vautour, posé à quelques mètres, impassible. Mais chaque sommet franchi laisse des traces. Les crêtes s’enchaînent, ça pique.
Le temps passe, je n’avance pas aussi vite que prévu. Une forêt apparaît, avec un point d’eau salvateur. Puis vient la descente vers Saint-Étienne. C’est un calvaire. Je suis épuisé, je trébuche, me cogne le pied deux fois contre des pierres.
La propriétaire du gîte, prévenue plus tôt, m’attend. Il fait nuit, je n’avance plus. Par chance, elle vient à ma rencontre en voiture à l’entrée du village. Ce dernier kilomètre évité est un soulagement immense.
Il est un peu plus de 22h quand nous arrivons au gîte. Une hypoglycémie me cloue sur place. Un verre de grenadine bien dosé me remet sur pied. Je n’arrive pas à manger, trop fatigué. Une lessive, une douche, et je m’écroule. Le sommeil ne vient qu’à 00h30.
Détours, crêtes et orteil cabossé
Départ tardif ce matin, à 9h. La journée semble tranquille sur le papier : 18 km et 1000 m de D+. Mais la gérante du gîte m’a prévenu : le début pique un peu.
Effectivement, dès la sortie de Saint-Étienne-de-Baïgorry, ça grimpe sec. Un parcours de trail en kilomètre vertical est balisé ici. L’ambiance est donnée.
J’avais prévu de contourner l’Oylarandoy par l’est, mais fidèle à mes habitudes, je suis les balisages rouge et blanc… et me retrouve à grimper dans une mer de fougères, sur un sentier à peine visible, large de 20 cm. Et comme j’aime les détours, je me trompe encore. Résultat : je fais le sommet. Juste pour le plaisir d’ajouter du D+ non prévu.
La descente vers le col routier de Leizarre est plus douce. Je fais le plein d’eau à une source bienvenue. Ensuite, le GR10 suit la route. Ça monte, mais ça passe bien.
Au col d’Urdanzia, c’est le début de l’ascension du Mendimotcha, puis du Mendibeltza, et enfin du Mendikoa (ou Menhoa selon les cartes). Une montée régulière, agréable, jusqu’à un peu plus de 1000 m d’altitude. Là-haut, le panorama est superbe malgré un ciel menaçant. Des chevaux en liberté, des rapaces qui planent. C’est sauvage, vivant.
Je tente de manger un peu, mais rien ne passe. Je commence la descente, raide au début, puis plus douce sur une piste. Ensuite, c’est 4 à 5 km de route goudronnée, en plein cagnard. Pas le top.
J’arrive à Saint-Jean-Pied-de-Port vers 15h, juste avant les orages. La ville est magnifique, fortifiée, pleine de charme. Je trouve un gîte, puis file au bar pour boire un verre et manger un morceau.
Je profite d’être en ville pour passer à la pharmacie. Mon orteil, fracassé hier contre une pierre, me fait toujours mal. Verdict de la pharmacienne : luxation prononcée. Super.
Vers Okabé, entre fougères, cromlechs et forêt d’Iraty
Départ du gîte de Saint-Jean-Pied-de-Port. La nuit a été courte : les premiers réveils ont sonné à 4h30, et bien sûr, la discrétion n’était pas au programme. Un bon petit déjeuner plus tard, je me lance dans cette nouvelle journée.
Je traverse la ville en passant par la porte Saint-Jacques, puis par Caro. Pas de difficulté pour l’instant, mais à la sortie du village, le chemin quitte la route pour grimper dans un champ. Près de 3 km à 12 %, à travers les fougères. Typique du Pays basque.
Je rejoins une route goudronnée. L’ancien GR10 descendait par là, mais le nouveau parcours fait un détour de deux heures. Ma montre m’indique de prendre la descente. La journée est déjà bien chargée, alors je file directement vers Estérencuby.
Pause ravitaillement à Estérencuby, histoire de reprendre des forces. Là, je croise quatre copains tourangeaux venus faire un bout du GR. Ils partent devant, mais je les rattrape dans la longue montée, en partie sur goudron.
Après un replat, on atteint un col à cinq. Je profite de l’occasion pour manger mon sandwich. Mes compagnons m’offrent gentiment du fromage de brebis, mais ne s’arrêtent pas. Je repars seul vers une descente de 3 km pour rejoindre un ruisseau.
À partir de là, les choses sérieuses commencent. Une première montée de 2 km à 19 %, bien raide, me mène à un col. J’en profite pour refaire le plein d’eau, même si la température reste fraîche. Toujours penser à s’hydrater.
Une courte descente sur la route, un hélico qui virevolte dans la vallée d’Iraty, et c’est parti pour l’ascension du sommet du jour : Okabé. Trois kilomètres de montée, plus de 400 m de D+.
Avant le sommet, je traverse les cromlechs d’Okabé, dans une ambiance étrange. Je suis seul, pas un bruit, juste un peu de vent et des nuages qui coupent régulièrement le chemin. Le lieu est chargé, presque mystique.
Au sommet, un troupeau de brebis se promène tranquillement. Le soleil commence à percer. La fin de la journée se déroule dans la forêt d’Iraty, à travers les hêtres. Une forêt immense, la plus grande hêtraie d’Europe.
J’arrive vers 16h sur une zone de bivouac près d’une rivière. L’emplacement est parfait : douches chaudes, toilettes à proximité. Un vrai luxe.
Petit bémol : les premières ampoules apparaissent, et des irritations derrière les talons. Il va falloir jouer avec le strap.
Hors GR, crêtes frontalières et quête d’eau
Départ de la zone de bivouac près d’Iraty. La nuit n’a pas été terrible : froid, humidité, réveils fréquents. Le petit déjeuner est expédié, le repli du matériel trempé prend du temps. Il est déjà tard quand je me mets en route.
Aujourd’hui, je quitte le GR10 pour explorer quelques sommets frontaliers. Je m’enfonce dans la forêt d’Iraty, ou du moins une partie, mais la trace GPS est difficile à suivre. Je finis par me rabattre sur un itinéraire de la HRP.
Je passe le lac d’Iraty, puis les chalets, où une somptueuse mer de nuages m’accueille. Je profite de ce passage pour refaire un vrai petit déjeuner et prendre un peu de ravitaillement. Direction la frontière.
À l’approche, ça grimpe sévère. L’objectif est le pic d’Orhy, à 2017 m. Je passe d’abord un sommet satellite, le Lazpigain à 1765 m, en longeant une crête un peu acérée. Là, je réalise que faire le sommet seul, sans personne autour, c’est risqué. Il faut remonter une brèche, suivre une crête… Je décide de redescendre et de contourner l’Orhy. Sage décision, mais gros détour.
Je descends à travers des éboulis sur des pentes raides, sans véritable chemin. Quand la pente s’adoucit, le sentier disparaît complètement. Je dépense beaucoup d’énergie pour rejoindre la route goudronnée menant au Port de Larrau. Il fait chaud, l’eau commence à manquer.
Deux options : descendre à Larrau pour finir la journée, ou tenter de rejoindre la cabane de Cayolar d’Anhau. Je repère une bergerie en contrebas. Personne sur place, mais un robinet extérieur me sauve. Je fais le plein d’eau et décide de continuer.
Je remonte le col par la route sur 2-3 km, contemplant l’Orhy. Vu de ce côté, il semble plus accessible. En regardant la carte, je réalise que je peux éviter deux sommets. Je prends une piste qui me ramène à ma trace, au port de Betzula. Le moral revient enfin.
Je passe côté espagnol sur le GR12. Le chemin est agréable, le paysage superbe, le moral au beau fixe. Face à moi se dresse l’Oxtogorri, 1916 m. La montée se fait bien, sauf l’arrivée au sommet, plus chaotique : le sentier disparaît dans l’estive.
Je commence la descente sans trouver le chemin. Je me dis qu’il apparaîtra en bas… mais non. Le sentier est inexistant. Je décide de remonter au sommet, la descente me semble trop dangereuse. Après un bon moment à galérer, je retrouve un semblant de piste qui me ramène au GR12 espagnol.
L’eau diminue rapidement, aucune source en vue. Une nouvelle montée de 4 km m’attend, alternant passages plats et pentes raides. Je tente d’économiser l’eau, il reste encore pas mal de bornes.
Je retraverse la frontière, repasse côté français, et quitte le GR12. Objectif : retrouver le GR10. Je contourne le dernier pic proposé par ma montre, inutile de monter pour redescendre aussitôt. Plus bas, j’aperçois une bergerie. Peut-être mon salut.
Escorté par un troupeau de brebis dans un concert de cloches, j’arrive à la bergerie. Je demande au berger un peu d’eau, qu’il m’accorde sans problème. Je lui parle d’une brebis coincée dans les dalles. En repartant, il m’indique deux options pour rejoindre la cabane d’Anhau : par les crêtes, plus rapide mais plus raide, ou par la route, plus longue mais tranquille. Je choisis la route.
J’arrive enfin à la cabane tant espérée. J’ai retrouvé le GR10. J’ai laissé beaucoup d’énergie aujourd’hui, physiquement et mentalement. Avant de préparer le repas, je profite du soleil pour faire sécher toutes mes affaires.
En début de soirée, deux randonneurs descendent vers la cabane. Les deux Nantais du bus pour Hendaye. Je ne serai pas seul ce soir. On partage le fromage, on parle de la journée, on échange les plans pour demain. Étrangement, on a la même destination.
Gorges, cols et sprint final vers Lescun
Réveillé avant même que le réveil ne sonne. Petit déjeuner express, encore une fois. Je trouverai bien de quoi compléter plus tard. Les deux Nantais sont déjà partis depuis 5h30.
Je remonte rapidement à la bergerie, 200 m plus haut, pour un brin de toilette et refaire le plein d’eau. Premier objectif du jour : rejoindre Sainte-Engrâce. Le début du parcours se fait sur le goudron, parfait pour s’échauffer. Une descente de près de 10 km m’attend.
J’alterne route et chemin, puis sur une portion de route que je viens à peine de rejoindre, le berger de la veille passe en voiture. Il me propose de me descendre jusqu’à Sainte-Engrâce - La Caserne. J’accepte volontiers : 4 km de descente économisés.
Il me dépose devant l’épicerie. J’en profite pour me ravitailler : sandwich, fruits pour ce midi, quelques abricots et un jus d’orange sur place. Je repars ensuite vers les gorges de Kakuetta, en suivant la route sur 2 km jusqu’à retrouver les marques rouge et blanche du GR10.
Quelques hectomètres plus loin, je retrouve mes deux compagnons nantais. On va faire un bon bout de chemin ensemble. On attaque une portion forestière, plutôt plane au départ. On se faufile entre d’énormes rochers, une végétation dense, presque tropicale. L’impression d’avoir changé de pays.
Le chemin s’élève peu à peu, direction la grotte de Verna. La montée devient raide. Après un long moment à grimper entre sentier étroit, piste forestière et nouveau sentier, on sort enfin de la forêt.
Mes compagnons sont derrière moi. J’avance seul vers le col de la Pierre Saint-Martin. Je me retourne de temps en temps et les aperçois plus bas. La vue sur le pic d’Anie est superbe. Mais je décide de ne pas le gravir. Il fait très chaud, le secteur est minéral, sans ombre. Le ciel se voile, la vue risque d’être gâchée. Et je préfère garder mes forces.
Arrivé au col, je fais une halte au refuge Jeandel, juste avant la station de ski. Pause déjeuner, boissons fraîches, et une glace au lait de brebis absolument délicieuse. L’accueil est chaleureux, j’en profite pour glaner quelques infos sur le parcours.
Mes deux compères arrivent à leur tour et s’offrent une omelette. On repart ensemble vers 14h30-15h, direction Lescun, avec deux cols à franchir.
Je commence l’ascension avec Pierre. On parle trail tranquillement, jusqu’à ce que Damien, plus attentif, nous interpelle : on a zappé les balisages. On reprend la bonne direction, et ça grimpe plus fort. Je prends de l’avance.
J’arrive en haut des pistes de ski, puis enchaîne sur une descente caillouteuse jusqu’au pas de l’Osque, premier col, avec 5 m d’escalade facile. Puis vient le pas d’Azuns, équipé de chaînes pour faciliter la montée.
Changement de décor au sommet : une nouvelle vallée s’ouvre devant moi, spectaculaire. L’impression d’être au fond d’un cirque, cerné par les orgues de Camplong.
Je descends vers la cabane du cap de la Baitch, fais le plein d’eau à la source, puis poursuis vers Lescun. D’abord un grand plateau, puis le bois du Bracas d’Azuns. Le terrain est roulant, parfait pour courir. Ça tombe bien : je dois arriver avant 19h à Lescun pour faire quelques courses pour mes deux amis, à court de nourriture.
Je passe devant le refuge de l’Abérouat, en haut de Lescun. Pause rapide pour un coca. Il reste 4 km. Je descends en alternant course et marche. J’arrive à l’épicerie à 18h45. Large.
Quelques achats rapides, puis direction le gîte-camping. Ce soir, je dors au gîte. Pierre et Damien ont opté pour le camping. Ils arrivent vers 20h, juste à temps pour le repas.
Le chemin de la Mature et la rencontre avec Jean-Pierre
Après un petit déjeuner rapide, je pars seul du camping. Pierre et Damien ne sont pas encore prêts. La journée s’annonce prometteuse : le mythique chemin de la Mature et l’arrivée dans la vallée d’Ossau, avec son célèbre pic.
Le début est doux, une légère montée, puis le sentier s’aplanit tranquillement. Quelques kilomètres d’échauffement, puis la première vraie montée arrive, à travers les fougères. Il fait assez doux ce matin, et l’ombre de la montagne rend l’ascension agréable.
La pente s’accentue en forêt, avec quelques passages plus techniques. Puis vient la descente, toujours en forêt, en slalomant entre les arbres. À la sortie, le spectacle est saisissant : face à moi, le pic du Midi d’Ossau, majestueux, reconnaissable entre mille. Il faisait partie des incontournables de cette traversée, et le voir là, sous mes yeux, me tire un sourire. Presque une émotion.
Je poursuis la descente vers Borce, à travers pâturages, bois, puis une belle portion ensoleillée au milieu des fougères. À Borce, je prends de l’eau fraîche à la source du village, puis un remontant à l’auberge.
Je repars sur le GR vers Etsaut, où je m’arrête pour déjeuner sur une aire de pique-nique. Devant moi, un panneau indique le chemin de la Mature. Après une salade de riz et un sandwich, je repars sous une chaleur écrasante. Sans doute la journée la plus chaude depuis Hendaye.
Le début du chemin est ombragé, longeant une falaise au-dessus de la route. Puis la trace tourne à gauche : adieu l’ombre, bonjour le soleil. Le sentier longe les gorges, en contrebas le fort du Portalet. Le chemin de la Mature commence ici, taillé dans la roche pour acheminer le bois destiné à la construction navale.
La montée est raide, très raide. La chaleur est accablante, la roche renvoie la chaleur, l’air est quasi absent. Une fournaise. Heureusement, plus haut, le sentier traverse des zones ombragées, avec des points d’eau. Je trempe régulièrement ma casquette dans les ruisseaux pour garder un peu de fraîcheur.
Le chemin monte toujours, parfois doucement, parfois plus franchement. Mais les paliers rendent l’effort plus supportable. Au niveau de la cabane de la Baigt de Saint-Cours, j’arrive sur un plateau encadré par deux chaînes de montagnes, traversé par un gave.
Mon prochain objectif est au fond : le col d’Ayous. La montée est régulière, suivant le gave, puis se corse sur la fin. Au col, la vue est incroyable : Jean-Pierre, le surnom donné au pic du Midi d’Ossau par les Béarnais, trône au milieu du paysage. En contrebas, le lac Gentau complète le tableau.
Je descends vers le refuge d’Ayous pour me ravitailler avant de rejoindre le lac de Bious Artigues, mon point de chute. Mais il est déjà plus de 17h, et les gardiennes du refuge m’annoncent 2h de descente. Je décide de rester ici pour la nuit.
Lever de soleil sur l’Ossau et ascension vers la hourquette d’Arre
Le réveil n’a même pas le temps de sonner que je suis déjà debout. Réveillé à 5h30, sans humidité cette fois, j’en profite pour plier le campement. Direction le refuge pour un petit déjeuner. En attendant le service, prévu à 7h (pas très matinal pour un refuge), je prends le temps de photographier l’Ossau au lever du soleil. Un moment suspendu.
À 7h15, je me lance dans la descente. Je passe successivement les lacs Gentau, Miey et Roumassot, avant de plonger en forêt et d’atteindre le barrage de Bious Artigues en un peu plus d’une heure.
La descente se poursuit par la route, puis un sentier jusqu’à Gabas. Après la traversée du gave de Brousset, près d’Artouste, le chemin remonte doucement à travers la forêt. Je cueille quelques fraises des bois et myrtilles : un vrai régal.
Le sentier devient plus escarpé à l’approche de la corniche des Alhas, dans le vallon de Soussouéou. Ça grimpe fort, mais heureusement je suis à l’ombre. Je croise un couple qui s’apprête à faire du canyoning dans le gave.
La montée continue, raide, très raide par moments. Les arbres se font plus rares, la température monte. Enfin, j’arrive sur le plateau de Cézy, dominant la vallée sauvage du Soussouéou. Mais ici, pas d’ombre. Le soleil tape fort.
Au loin, j’aperçois des randonneurs. En m’approchant, je retrouve Damien et Pierre, assis au bord du chemin. Ils n’ont pas l’air en forme. Ils m’expliquent qu’ils n’ont presque rien mangé depuis la veille. J’ouvre mon sac et leur donne de quoi reprendre des forces.
On repart ensemble sur le GR10. Une grosse épreuve nous attend : la hourquette d’Arre, à 2465 m, le deuxième point culminant du GR10. Le début est facile, en longeant le ruisseau de la Quèbe, mais rapidement la pente s’accentue. Il fait chaud, mais les ruisseaux sont nombreux pour se rafraîchir.
Après un petit laquet, un panneau annonce la hourquette à 1,2 km. La dernière ligne droite. Le sentier devient très raide, d’abord en pâturage, puis dans les pierriers. J’arrive au col, grimpe encore quelques mètres sur le chemin à gauche, puis m’installe pour manger.
Pierre me rejoint, puis Damien. On partage une orange, des pâtes de fruits, quelques fruits secs. Une pause bien méritée.
On entame ensemble la descente vers Gourette. On passe le lac d’Anglas, puis les anciennes mines, où règne une ambiance étrange, presque fantomatique. Après de longues minutes de descente, on atteint enfin la station.
Vu l’heure, je choisis de m’arrêter au refuge du Club Alpin. Mes deux compères préfèrent continuer pour prendre un peu d’avance. On partage quand même quelques verres dans un bar avant de se séparer à nouveau.
Orage sur l’Ilhéou et descente précipitée vers Cauterets
Après le bon repas de la veille et une nuit réparatrice, je repars de bon pied. Objectif du jour : rallier Cauterets. Une belle distance à parcourir.
Je décolle à 6h20, direction le col de Tortes à 1799 m. Une montée directe pour bien commencer la journée. Puis une descente herbeuse me mène à une route que je traverse pour rejoindre un nouveau sentier. Ici, je change de département : je quitte la Nouvelle-Aquitaine pour entrer dans les Hautes-Pyrénées.
Je poursuis à travers le cirque du Litor, mais je perds rapidement la trace du GR10. Je coupe à travers champs, un peu au jugé, et après quelques belles pentes, je retrouve le sentier au col de Saucède (1525 m).
La descente, sans difficulté, m’emmène à Arrens-Marsous. Pause bienvenue. Mes deux compagnons de GR ont environ 45 minutes d’avance, eux aussi se sont arrêtés ici.
Je repars vers Estaing et son lac. La sortie d’Arrens grimpe bien, puis le dénivelé s’adoucit, voire descend jusqu’au bord du lac. Là, je retrouve Damien et Pierre, en pleine pause déjeuner. J’en profite pour faire de même et discuter un peu.
Mais la météo annonce des orages dans l’après-midi. Il ne faut pas traîner. La dernière difficulté du jour nous attend : le col d’Ilhéou, à 2242 m.
Le sentier s’élève d’abord en forêt, raide mais ombragé. Puis, à la sortie des arbres, la pente se calme. Un long passage plat permet de récupérer, jusqu’à la traversée du gave d’Ilhéou. Ensuite, le sentier se durcit à nouveau, avec des pentes raides. Le ciel se couvre, les premiers grondements de tonnerre résonnent.
Arrivé au col, pas le temps de savourer la vue ni de prendre une photo. Il faut filer vers le refuge d’Ilhéou avant que l’orage n’éclate. Karine, venue me rejoindre au col, m’accompagne.
Une goutte, puis une autre. On accélère. Un éclair, un coup de tonnerre, puis la pluie se transforme en grêle. De petites billes glacées nous fouettent les bras et le visage. On presse le pas. Le refuge est proche.
Après un quart d’heure sous la pluie et la grêle, on atteint enfin le refuge d’Ilhéou, au bord du lac. À l’intérieur, c’est chocolat chaud et gâteau pour se réchauffer. La température a chuté brutalement.
On scrute le ciel, on attend. Puis soudain, Damien apparaît, suivi de Pierre. Ils s’étaient abrités sous la toile de leur tente pour se protéger des grêlons.
La météo se calme. On décide de finir la descente vers Cauterets… en voiture. Mais il faut d’abord rejoindre le parking de Cambasque, à une petite heure de marche.
Pendant la descente, Pierre commence à se sentir mal. Il sera KO toute la soirée, incapable d’avaler autre chose qu’un coca. On est perplexes. On verra demain matin comment la situation évolue.
Hourquette d’Ossoue, grêle et bivouac dans les nuages
Après une bonne nuit de repos, une grosse journée m’attend. Mon objectif : rejoindre les granges d’Holle, près de Gavarnie. Mais plusieurs incertitudes planent. Pierre a été malade toute la soirée, il est encore faible. Et la météo annonce de nouveaux orages dans l’après-midi.
On quitte l’appartement en empruntant le chemin Demonzet pour rejoindre la Raillère, puis le chemin des cascades jusqu’au pont d’Espagne. On fait plusieurs pauses pour que Pierre récupère. L’occasion de prendre quelques photos et vidéos.
Arrivé au pont d’Espagne, je prends un jus d’orange en attendant mes deux compagnons, qui arrivent 15 minutes plus tard. Ils m’annoncent leur plan : rejoindre le refuge des Oulettes pour se reposer. On va donc se séparer après plusieurs jours de marche ensemble.
Je repars seul, direction le lac de Gaube. Je connais bien ce chemin maintenant. En 40 minutes, j’atteins le lac, étonnamment calme. Je le longe par la droite, puis suis le gave de Gaube. Le sentier grimpe par endroits, mais rien de méchant.
J’arrive sur le plateau des Oulettes. Je sais qu’une montée raide m’attend pour atteindre le refuge, mais cette fois, je la trouve plus facile qu’en mai. J’arrive au refuge des Oulettes vers 13h. Le ciel est incertain, mais pas menaçant. Je mange mon sandwich, vide un coca, puis demande à la gardienne les prévisions météo. Réponse vague : orages dans l’après-midi. Elle m’annonce aussi 2h30 pour rejoindre le refuge de Baysselance, juste derrière la hourquette d’Ossoue.
Je tente le coup. À 13h15, je pars à l’assaut de la hourquette, point culminant du GR10 à 2734 m. Le sentier est régulier, pas technique. Je garde un bon rythme, évite les pauses. Le ciel s’assombrit, quelques gouttes tombent. Je protège rapidement mon sac, puis continue à grimper : lacets, névé, encore des lacets… et j’atteins la hourquette.
Pas le temps de savourer. L’orage approche, la pluie s’intensifie. Je me lance dans la descente vers Baysselance, en courant. La pluie devient grêle. Un remake du col d’Ilhéou, en moins violent, mais deux jours de suite, ça commence à faire.
En 15 minutes, j’atteins le refuge. Il est plein, mais plus grand que celui d’Ilhéou. Je m’abrite, attends que le temps passe. Vers 16h15-16h30, je repars vers le barrage d’Ossoue. Je passe devant les grottes de Bellevue, vestiges du glacier du Vignemale, aujourd’hui bien reculé.
La descente se poursuit dans un décor minéral, presque himalayen. Je traverse un névé, un pont de neige, puis un autre névé. Plus bas, je longe le gave d’Ossoue, mais le pont a été emporté. Une déviation me ramène sur le GR10, rive droite.
Je continue, passe la cabane de Lourdes, déjà occupée. Je vise la cabane de Toussaus, mais elle est bien plus loin que prévu. Heureusement, je tombe sur une cabane intermédiaire : Sausse Dessus. Fermée.
Plan A abandonné, plan B aussi. Il faut passer au plan C. J’oublie les granges d’Holle pour demain. Je décide de rejoindre la piste en contrebas, près du gave, pour gagner du temps. Je traverse le gave par un petit pont repéré plus tôt, puis installe le bivouac sur une zone herbeuse, à 1600 m d’altitude.
Les nuages, bloqués sur la vallée de Gavarnie, remontent lentement. En quelques minutes, je suis plongé dans une brume épaisse, une ambiance de fin du monde.
Mer de nuages, jambes lourdes et retour à Cauterets
Après une nuit compliquée, sans vrai sommeil réparateur, je prends mon petit déjeuner sous le tarp. Pas envie de sortir du duvet. Tout est humide, le tarp dégouline. Je réorganise mon sac tant bien que mal. Le ciel est gris, et moi, je ne suis pas au mieux.
Je descends la piste rejointe la veille. En contrebas, une mer de nuages recouvre Gavarnie. L’ambiance est belle, mais je sens que l’énergie n’est pas là. La descente est morose, les jambes traînent.
En bas de la piste, je bifurque à gauche vers le plateau de Saugé. Ça grimpe sans relâche. La journée, censée être tranquille, s’annonce plus rude que prévu. Heureusement, la vue me redonne un peu de baume au cœur : au-dessus de la mer de nuages, le cirque de Gavarnie émerge comme une île. Magique.
Le plateau est long, entre 1600 et 1900 m d’altitude. Je reste au-dessus des nuages, mais ça monte, ça descend, puis ça remonte encore. Je commence à en avoir plein les jambes.
Enfin, j’amorce la descente vers la centrale hydroélectrique de Pragnères. Forêt, estives, puis à nouveau forêt. La fin se fait sur la route, jusqu’à Pragnères, puis Sia.
Je pense que le plus dur est derrière moi. Erreur. À Sia, ça grimpe encore. Et le manque d’énergie se fait sentir. Pour couronner le tout, la pluie s’invite. Encore.
J’arrive à une croix : cette fois, c’est la descente vers Luz-Saint-Sauveur. Au pont Napoléon, Karine m’attend. Je termine la descente sous la pluie, avec quelques coups de tonnerre, et surtout complètement à plat.
Avec cette météo, on revoit nos plans. La nuit prévue au camping de Luz se transforme en retour à Cauterets. Et je décide de m’accorder une journée de repos, voire une journée et demie. Il est 14h30. Le corps dit stop, et je l’écoute.
Orage, Néouvielle et fin de portable
Après une journée de repos, je repars depuis Luz-Saint-Sauveur, non pas du pont Napoléon où je m’étais arrêté, mais un peu plus haut, au château Sainte-Marie. Le ciel est couvert, et des orages sont annoncés en début d’après-midi.
Le chemin grimpe directement vers les ruines du château médiéval. Et comme souvent, je me trompe de sentier dès le départ. Demi-tour. Les balises me guident ensuite à travers plusieurs petits villages du Pays Toy : Viella, Saint-Justin, jusqu’à Barèges, le tout ponctué de petites montées.
De Barèges au pied du Tourmalet, le chemin est plutôt simple. Mais progressivement, ça grimpe, et l’air devient électrique. Vers 10h, les premières gouttes tombent, suivies d’une vraie pluie. Un éclair, puis un puissant coup de tonnerre. L’orage est là.
Les sentiers se transforment en ruisseaux. Pendant près d’une heure, je marche sous des trombes d’eau, sans aucun abri. Trempé, je finis par atteindre le refuge d’Aygue Cluses vers midi. Il ne pleut plus, et je commence même à sécher.
Autour du refuge, plusieurs personnes portent des dossards. Il s’agit d’un concours rando-pêche : trois jours à parcourir les lacs du Néouvielle, en cumulant les centimètres des prises pour établir un classement. Original.
Je prends quelques infos météo : orages annoncés vers 15h. Je repars rapidement, direction le col de Madamète. La réserve naturelle du Néouvielle est superbe : pins, rhododendrons, lacs partout, et derrière moi, une vue exceptionnelle sur le pic du Midi de Bigorre.
Le sentier traverse plusieurs pierriers. Une montée plus raide me mène au col de Madamète, avec une vue à couper le souffle sur les lacs et les montagnes du Néouvielle.
J’amorce la longue descente vers le refuge du lac de l’Oule, en longeant de nombreux lacs. Ce secteur est vraiment exceptionnel, à refaire avec une météo plus clémente.
J’arrive au refuge vers 15h30, assez tôt, et cette fois, pas d’orage. Je décide de rester sur place.
Petit bémol : mon téléphone n’a pas survécu aux averses du matin. Il est complètement HS.
Téléphone HS, cabane convoitée et soirée partagée
Départ du refuge de l’Oule après le petit déjeuner à 7h. Enfin… faux départ : j’ai oublié la GoPro. Demi-tour après 500 mètres. Je repars pour de bon, direction le col du Portet, hors GR10. Objectif de la matinée : rejoindre Saint-Lary avant midi pour acheter un nouveau téléphone.
La montée est raide au départ, puis je remonte tranquillement les pistes de ski jusqu’au col. Une nouvelle mer de nuages recouvre Saint-Lary. Là-haut, je croise deux rando-pêcheurs qui terminent leur concours. Je leur demande s’ils peuvent me déposer à Saint-Lary en voiture. Ils acceptent sans hésiter.
Ils me déposent à Bourisp, près du Carrefour Montagne. Pas de téléphone à vendre. Pas de chance. Prochaine opportunité : demain à Luchon. Je passe à l’office de tourisme pour passer un coup de fil et rassurer la famille, sans nouvelles depuis plus de 24h. Tout va bien.
Après un aller-retour de 2 km entre l’office et le Carrefour, je repars sur le GR10. J’en profite pour acheter une carte de la traversée des Pyrénées. On ne sait jamais.
La montée vers le col d’Azet (ou presque) n’est pas passionnante. Le sentier est moyen, la vue aussi. Au col, des aires de décollage pour parapentes et une belle vue sur Loudenvielle et Germ.
Germ est juste en face, mais il faut descendre toute la vallée jusqu’à Loudenvielle pour y remonter. La descente est rapide. Comme je suis en avance, je m’accorde une pause : glace et coca. Remontant express.
Je repars direction Germ. Certains passages sont raides, mais le sentier est plus agréable que ce matin. J’avance bien, gagne du temps sur les estimations. Je vois les premiers panneaux indiquant la cabane de l’Ourtiga, mon objectif du jour.
Le ciel se couvre, quelques gouttes tombent. Encore la pluie. Il reste 4 km, j’accélère. Je double plusieurs randonneurs, espérant qu’il restera de la place à la cabane, qui semble convoitée.
À une intersection, je suis le GR10, mais j’ai un doute. Je longe un gave pendant 2 km… et aperçois enfin la cabane. De l’autre côté du gave. J’aurais dû lire ce panneau il y a 2 km. Je trouve un passage pour traverser et rejoins la cabane. Trois personnes et un chien sont déjà là — je les avais doublés plus tôt.
Heureusement, la cabane est assez grande. Il est 15h30. Je m’arrête là : peu de chances de trouver un bon bivouac plus loin, et le temps reste incertain.
Mon pressentiment se confirme : plusieurs randonneurs passent en espérant s’y arrêter. Un couple, un groupe de cinq, puis un GRdiste dans l’autre sens. Finalement, on dormira à trois à l’intérieur. Il restait de la place pour deux de plus, mais plusieurs zones de bivouac sont disponibles à proximité.
La soirée se passe avec les trois occupants, leur chien, et le GRdiste croisé. Un petit rhum, apporté par l’un d’eux, et une partie de jeu de société improvisée. C’est aussi ça, l’aventure du GR10.
Jour de brume et de lumière – Vers le lac d’Ôo
Après une soirée agréable et un repas léger, je quitte la cabane un peu avant 7h. L’air est frais, le ciel encore pâle. Pas le temps de s’échauffer : il faut grimper directement le Couret d’Esquierry et ses 2,6 km de pente à 28 % – du moins, c’est ce que ma montre m’annonce.
La montée est longue, raide, et le sentier étroit. La végétation est dense, gorgée d’humidité. Très vite, mes pieds sont trempés, chaque pas s’accompagne d’un petit bruit de succion dans la boue. Pourtant, la vue est sublime : les premières lueurs du jour caressent les crêtes, et la vallée s’éveille dans un silence presque sacré.
Une fois en haut du Couret, je change de vallée et redescends une bonne partie de ce qui a été monté. C’est le lot quotidien de chaque GRdiste : les montagnes ne se laissent pas traverser sans effort. La fin de la descente se fait à travers une petite forêt, où l’odeur de mousse et de bois mouillé enveloppe le chemin. J’arrive aux granges d’Astau. Petite pause bien méritée, et un petit déjeuner plus consistant que celui avalé à la cabane : crêpes tièdes, jus d’orange frais, et un morceau de fromage au goût bien prononcé.
Je repars à la quête des balisages blanc et rouge, sous un soleil franc. Direction un spot que je voulais voir depuis longtemps : le lac d’Ôo et sa fameuse cascade. La montée se fait bien, à travers les arbres. L’air est doux, chargé de l’odeur des pins chauffés par le soleil.
Arrivé au lac d’Ôo, c’est une véritable fracture de la rétine : le bleu profond du lac, la cascade qui jaillit dans un grondement sourd, les parois rocheuses qui encadrent le tout… ça vaut largement le déplacement. Le soleil est de la partie, tout est parfait.
Le parcours longe le lac sur la gauche en montant. Une fois passé le haut de la cascade, le chemin grimpe un peu plus fort jusqu’à une intersection. À gauche, le GR10 ; à droite, Espingo, annoncé à 15 minutes. Je m’accorde un petit extra pour voir le lac et son refuge. Le lieu est paisible, presque hors du temps. Après dix minutes de pause, je repars vers le GR, mais la météo commence à se dégrader. Les nuages arrivent, et très vite je me retrouve dans la brume.
Je passe plusieurs montées raides pour arriver au col de la Coume de Bourg, sous un ciel de plus en plus menaçant. Passé le col, changement de vallée et arrivée de la pluie. J’enfile la veste imperméable, protège le sac, et entame la descente.
Ça remonte un peu sur un petit kilomètre, puis j’arrive à Super Bagnères, sous le vent, la pluie et la brume. Bref, je n’ai pas vu grand-chose.
Il reste environ deux heures pour descendre à Bagnères-de-Luchon. Au départ, la descente se fait par les pistes de ski, puis par une forêt aux pentes raides. Enfin, le traditionnel bal des virages en forêt, des lacets interminables, le tout toujours sous la pluie. Les feuilles brillent, les racines glissent, et chaque pas demande de l’attention.
Après 1200 m de dénivelé négatif, j’arrive à Bagnères : premier défi de la journée accompli.
Le second : trouver un nouveau téléphone. Je suis obligé de traverser totalement Bagnères-de-Luchon pour me rendre au supermarché du coin. J’en profite pour acheter quelques provisions.
Retour au centre de Bagnères (près de 3 km aller-retour), j’entame ma troisième mission du jour : trouver un logement. Un hôtel ***, puis un autre, un hôtel ****… bref, pas ce que je recherche. Je me rabats finalement sur une chambre d’hôte à 90 €, mais le gérant m’accorde une petite remise : 80 €, petit déjeuner compris.
Entre crêtes et frontières
Quelle nuit. Le confort a un prix, certes, mais le sommeil réparateur n’a pas de tarif fixe. Et ce matin, c’est un petit déjeuner royal qui m’attend : viennoiseries dorées, fruits frais, chocolat chaud… De quoi remettre les jambes en marche avec le sourire.
Je pars vers 8h, sous un soleil éclatant. Ça change tout. Le début du parcours est doux, presque plat, comme une mise en jambe bienveillante. Après trois kilomètres, la pente s’invite, direction Artigue. En chemin, quelques échappées visuelles sur les géants frontaliers : le Grand Queyrat, le Perdiguère, et même l’Aneto, sommet suprême des Pyrénées. Le panorama est à la hauteur de l’effort.
À Artigue, le répit est bref. Un passage plat, puis ça grimpe à nouveau. Les montées sont franches, mais régulières — le genre de pente qui permet de trouver son rythme. Le paysage aide aussi : bruyères en fleurs, lumière rasante, et cette sensation d’être suspendu entre deux mondes.
Je longe la frontière espagnole sur une longue portion. Du col des Taons de Bacanère, perché à 2192 m, jusqu’aux crêtes de Cigalères, je passe plusieurs bornes frontalières, témoins muets d’un tracé ancien. Le vent souffle par rafales, les crêtes s’étirent, et le sentier suit leur ligne avec obstination.
Au col d’Esclot Aoû, la descente commence. Elle sera longue, jusqu’à Fos. Le profil de l’étape est limpide : une montée, une descente. Le début traverse des rhododendrons, puis les estives s’ouvrent, vastes et paisibles. L’eau est plus présente ici, ruisselante, vivante. Je passe les cabanes des Courraus, puis celle d’Artigue. À partir de là, c’est la forêt qui prend le relais.
Et comme souvent, la descente en forêt se transforme en ballet de lacets. Interminables, sinueux, . Le sol est meuble, les racines traîtresses. Mais le rythme s’installe, et le corps suit.
Une fois sorti de la forêt, je longe un canal, traverse un pont. Il reste 1,5 km jusqu’au gîte de Fos. Il est 16h. J’aurais pu pousser un peu plus loin, peut-être, mais 31 km sont déjà derrière moi.
Au gîte, je croise deux traileurs en route de Bagnères-de-Luchon à Ax-les-Thermes. Le soir, autour du dîner, les échanges sont chaleureux. Des récits, des rires, des silences aussi. La montagne crée des liens que la plaine ignore.
Trois cols, un lac, et des myrtilles
Le petit déjeuner au gîte de Fos est copieux, réconfortant. De quoi affronter une journée qui s’annonce dense : trois cols, 3000 m de dénivelé positif. Le départ se fait à 7h40, sous un ciel dégagé. Direction Melles, en douceur.
Les huit premiers kilomètres se déroulent tranquillement sur l’asphalte. Puis les balises m’invitent à quitter la route pour plonger dans la forêt. Les pentes se redressent, le souffle se cale. Objectif : le col d’Aueran, perché à 2176 m.
La forêt laisse place à un faux col, puis à un plateau de tourbières. Quelques passerelles en bois jalonnent le chemin, comme des traits d’union entre les tourbières. Non loin, la cabane d’Uls. Mais le sentier grimpe encore, jusqu’au Pas de Bouc, avec une vue spectaculaire sur l’Aneto et les sommets de plus de 3000 m qui l’entourent.
L’arrivée au col d’Aueran marque le passage en Ariège — terre de l’ours. La descente vers le lac d’Arraing est rapide, presque fluide. Le refuge Jacques Husson m’accueille pour une pause bien méritée : omelette, coca, et un hélicoptère qui frôle la surface du lac. Une gardienne m’explique que c’est EDF, propriétaire du barrage.
Je repars, repu, vers le barrage. L’hélico revient, récupère du personnel. Maintenance, sans doute. De l’autre côté du lac, le chemin grimpe à nouveau. Raide, en lacets, sous un soleil qui cogne. Quelques rapaces planent au-dessus des crêtes, indifférents à mon effort.
Le deuxième col du jour offre une vue sur les anciennes mines de Bentaillou. La descente est parfois abrupte, mais le site dégage une atmosphère étrange, comme figée dans le temps. Je poursuis la descente, d’abord sur une corniche, puis à travers les bois. Et comme toujours, les lacets forestiers s’étirent sans fin.
À Eylie, je m’accorde un petit remontant liquide au gîte. La serveuse me montre du doigt la dernière difficulté du jour : le col de l’Arech, 1800 m, alors que je suis à peine à 1000. Ça promet.
Je repars, direction la cabane de l’Arech, juste derrière le col. Le début est boueux, puis le sentier grimpe à travers une petite forêt avant de s’ouvrir sur de larges lacets bordés de myrtilliers. Les fruits sont mûrs, sucrés, irrésistibles. Je cueille quelques poignées.
Une fille est là aussi, en pleine cueillette. On échange quelques mots, simples, légers. Je poursuis jusqu’au col, un peu entamé, mais la vue sur la nouvelle vallée et le Mont Valier me redonne de l’élan.
La fille aux myrtilles arrive peu après. On discute encore. Elle va aussi à la cabane de l’Arech. La descente commence, douce. Au loin, un troupeau de brebis, un patou qui aboie. Heureusement, le GR10 évite le troupeau.
La cabane apparaît en contrebas. Le chemin semble incertain, mais il se dessine peu à peu. À l’arrivée, une personne est déjà là. Justine nous rejoint quelques minutes plus tard. La cabane est partagée : une partie pour les randonneurs, une autre pour la bergère, qui descendra plus tard.
À trois, on s’installe. Un brin de toilette, quelques échanges. Chacun prépare son repas, sous l’œil attentif des poules de la bergère, très intéressées par nos provisions.
Puis vient le moment de se poser. Silence, repos, montagne.
Trois cols hier, deux cols aujourd’hui, et des pieds qui tirent
Une nuit en cabane, c’est toujours mieux que sous le tarp. Mais ce n’est pas encore le grand luxe. Le réveil sonne à 6h40. Préparation du sac, brin de toilette sommaire, petit déjeuner rapide. À 7h40, je suis sur le sentier.
Justine descend avec moi, les lacets s’enchaînent. On échange quelques mots, puis je lui souhaite une belle journée. La descente terminée, la montée s’annonce sans transition. Première difficulté du jour, longue, raide, et la nuit moyenne se fait sentir dans les jambes.
Petite pause à la cabane de Besset. Le soleil tape déjà fort, l’air est lourd. Le chemin contourne le Tuc du Coucou, passe le col de Part, puis remonte encore un peu avant d’amorcer la descente. À l’une des nombreuses cabanes — sans doute celle de l’Artigue — je trouve de l’eau. Remplissage des gourdes, rafraîchissement bienvenu.
La descente est claire, le chemin bien tracé. J’en profite pour prendre quelques raccourcis. Puis c’est l’arrivée au Pla de la Lau et à la maison du Valier. Ravitaillement express à l’épicerie : barres de céréales, compotes. Et pour le repas, une gaufre et un coca. Simple, efficace.
Je repars. Le chemin est difficile à repérer au départ, mais une fois les balises retrouvées, je m’élance. Enfin… doucement. La pente est raide, les lacets serrés. L’enthousiasme se calme vite.
Sorti de la forêt, le sentier devient étroit, la végétation dense. Il faut se frayer un passage. Je passe la cabane d’Aouen. Encore deux kilomètres de montée, en plein soleil. Le bonheur, version GR.
Un petit ruisseau traverse le chemin. Je m’y arrête, remplis les gourdes, me rafraîchis. Puis le col de Laziès est franchi. Direction l’étang d’Ayes. Je ne m’attarde pas : il est tard, et ma montre annonce une arrivée à Aunac vers 19h.
La descente est technique au début, puis plus roulante en traversant une petite forêt. J’arrive au col routier de la Core. Je sais que je ne pourrai pas pousser jusqu’à Aunac. Plan B : le gîte d’Esbintz.
Du col, c’est 5 km de descente. Mais mes pieds sont douloureux. Chaque pas est une épreuve. Les kilomètres s’étirent, la fatigue des deux derniers jours pèse lourd. C’est presque un calvaire.
À 18h, j’arrive enfin au gîte. Première chose : enlever les chaussures, enfiler les claquettes. Soulagement immédiat. Puis, récompense : une glace maison d’Esbintz et un litre de jus de pomme. Le corps remercie.
Il manque 5 km pour boucler l’étape. Je tenterai de les rattraper demain. Le dîner est généreux et délicieux : des produits de la ferme, simples et vrais. Le genre de repas qui réconcilie avec la journée.
Plateau, col, et chemin boueux
Une bonne nuit de récupération, et déjà le corps répond mieux. Le moral aussi. Aujourd’hui, une seule montée majeure à franchir, presque 2000 m d’altitude, et les 5 km à rattraper de la veille.
Les dix premiers kilomètres se déroulent sur le goudron. L’allure est rapide, presque mécanique. Je sens que je vais pouvoir recoller au programme. J’entre dans la forêt domaniale de Seix. Ma montre annonce une montée de 9 km à 13 % de moyenne. Rien de nouveau, mais ça reste long.
Heureusement, la première partie longe la rivière, avec un dénivelé plus doux. Je me doute que ça va se corser. Vers 1500 m, j’atteins un plateau facile à traverser, avant de replonger dans la forêt. Et là, changement de ton : grands lacets, pentes plus sévères, et un tapis de feuilles mortes qui absorbe les pas.
Sorti de la forêt, le sentier se resserre. Il faut se frayer un passage dans la végétation dense. Une habitude, presque. Avant d’arriver à la cabane d’Aula, le chemin devient plus praticable. De là, on aperçoit le sentier qui grimpe vers le col, en larges lacets.
Je fais le plein d’eau avant d’attaquer la montée : pas d’ombre, il faut anticiper. Au col, la vue est saisissante. Devant, l’étang d’Arreau ; derrière, le Mont Valier, toujours majestueux.
La descente commence. Longue, sans grand intérêt. Entre piste, chemin, et portions de route, je file vers Couflens. À la sortie du village, le GR10 bifurque à droite sur un chemin boueux, infesté de mouches et de taons. Deux kilomètres de montée dans cette ambiance, pas franchement agréable.
Deux cols, un orage, et une cascade méritée
La nuit a été moyenne. Un ronfleur dans le dortoir, et c’est tout le rythme du sommeil qui se dérègle. Réveil à 6h25, départ à 7h10 précises. Pas de temps à perdre.
D’entrée, une belle montée pour se remettre en jambes, direction Rouzé d’en Haut. 2,6 km de grimpette, avec une attaque bien raide, dans la continuité de la veille. Puis la pente s’adoucit, et le souffle se cale.
Au col de la Serre du Cot, à 1546 m, un panorama s’ouvre sur les sommets. La descente vers Saint-Lizier d’Ustou s’annonce : 6,5 km à faire chauffer les cuisses et les genoux. Elle se déroule en forêt, sans trop de lacets cette fois. Un rythme plus direct, qui me convient bien.
Le GR10 emprunte ensuite une piste, puis une route par endroits. À Saint-Lizier, arrêt à l’épicerie près du camping : deuxième petit déjeuner, fromage, et un œil sur la météo. Orages annoncés vers 13h30.
Je repars à l’assaut du deuxième col du jour : le col d’Escots. Comme ce matin, l’attaque est franche, sans détour. Puis la pente devient plus raisonnable, malgré quelques passages bien raides. Je sors de la forêt, longe le pic de Fitté, et aperçois la station de Guzet-Neige. Quelques lacets plus loin, j’arrive au col.
Pause rapide au chalet de Beauregard pour manger et boire. Il est midi, le ciel est encore clément. Mais l’orage approche.
Je descends vers le cirque de Casiérens. L’ambiance devient lourde, presque apocalyptique. Les nuages s’amoncellent, l’orage gronde. Je traverse le pont, passe la cascade du Fouillet sans m’attarder, et entre dans la forêt.
Les premières gouttes tombent. Puis les coups de tonnerre. Je m’abrite quelques minutes, le temps d’enfiler la veste de pluie et de protéger le sac. La pluie se calme un peu, je reprends la descente, prudemment.
À une intersection avec le GRP, dilemme : 30 minutes pour rejoindre Aulus par ce chemin, ou continuer sur le GR, plus long, mais avec la cascade d’Ars en récompense ? Je choisis la cascade. Sous la pluie, mais en forêt, c’est supportable.
Certains passages sont raides, glissants. Je me demande pourquoi j’ai choisi cette option. Vers 1500 m d'altitude, la pluie cesse. Je passe la cabane du Guzet, puis la passerelle d’Ars. Montées, descentes, alors que je suis censé descendre. Le sentier devient technique, piégeux.
Puis le grondement de l’eau se fait entendre. La cascade approche. Une première chute, puis une seconde. Je prends la photo méritée, puis poursuis la descente vers Aulus. Le chemin devient plus roulant, je me permets même quelques foulées de course.
J’arrive à Aulus vers 16h30. Reste à trouver un toit. Ce sera le gîte des Oussailles. Pas de demi-pension ici, alors direction la supérette, 300 m plus bas, pour faire quelques courses.
Comme toujours : douche, lessive, repas. Et repos.
Brume, étangs de Bassiès et auberge chaleureuse
Le réveil pique un peu ce matin. Le petit déjeuner est pris dans la chambre, en silence. À 7h15, je suis prêt à repartir.
Pour la première fois, je commence la journée en pantalon et veste de pluie. Une petite bruine flotte dans l’air, les nuages sont bas, le décor est feutré. Premier objectif : rejoindre la Coumebière. La montée débute en forêt, avec quelques raidillons pour réveiller les jambes.
Arrivé au parking, le soleil perce enfin. Les nuages restent accrochés plus bas, comme suspendus. Direction le Port de Saleix, à 1793 m, par cinq grands lacets bien tracés. Puis cap sur le Port de Bassiès, à 1935 m. En chemin, je passe l’étang d’Alate, discret mais charmant.
Au Port de Bassiès, le spectacle est grandiose : à gauche, les étangs de Bassiès ; au centre, le refuge ; à droite, le ruisseau d’Escale qui dévale le cirque granitique, dominé par la Pique Rouge de Bassiès. Quelques rapaces planent au-dessus, ajoutant une touche sauvage à ce tableau déjà magique.
La descente vers le refuge se fait sur un sentier transformé en ruisseau par la pluie de la nuit. Par miracle, mes pieds restent au sec. Pause boisson au refuge, remplissage des flasques, puis je repars vers les étangs.
Je traverse le secteur par une passerelle en bois. L’eau est omniprésente. Je passe l’étang du Pla de Font, le Majeur, le Long, et enfin celui d’Escalès. Le chemin est plat, puis la descente s’amorce. Elle sera longue. Beaucoup de monde monte vers les étangs, et le sentier étroit devient un petit slalom humain.
Objectif : rallier Goulier. Je quitte le GR10 pour prendre un raccourci via Auzat. Le panneau indique 45 minutes. Je descends en lacets, coupe le chemin à plusieurs reprises… jusqu’à la coupe de trop. Je me retrouve sur un petit sentier avec un panneau : Auzat, 50 minutes. Raté. Ça faisait longtemps que je ne m’étais trompé, tiens. Et comme souvent, c’est en quittant le GR.
Je retrouve la route et commence à descendre. Une voiture s’arrête : le conducteur me propose de m’emmener jusqu’à Auzat. J’accepte sans hésiter. La route, ce n’est jamais très agréable.
Il me dépose à la cascade d’Artigue. De là, je prends un PR qui rejoint Goulier en passant par Olbier — la fameuse variante que je cherchais hier soir. Quelques montées plus tard, j’arrive à Goulier. Je traverse le village jusqu’à l’auberge d’Edron, où j’ai réservé.
À l’auberge, je rencontre plusieurs randonneurs. Les échanges sont simples, chaleureux. Le repas du soir est délicieux, préparé avec des produits locaux. Que demander de plus ?
Soleil, cols en série, et un 14 juillet sans feu
Le petit déjeuner est copieux, partagé dès 7h avec les randonneurs rencontrés la veille à l’auberge d’Edron. Dehors, le soleil brille déjà fort. Une belle journée s’annonce.
Grâce au raccourci de la veille, j’ai une demi-journée d’avance sur le plan établi à Cauterets. Deux options : m’arrêter à la cabane de Ballédreyt comme prévu, ou continuer pour capitaliser sur cette avance. Je laisse la décision au fil du chemin.
Sorti de l’auberge, je prends à gauche, direction le col de Grail. Mais avant ça, passage par le col de Risoul sur un sentier paisible. Puis viennent le col Esquerus, le col de Grail, et enfin celui de Lercoul. La descente vers Siguer est tout aussi tranquille. Je m’autorise même quelques foulées pour grappiller du temps.
À Siguer, arrêt au gîte pour un sandwich et un jus de fruit. Pause rapide, efficace. Je repars vers Gestiès, en montée. Le panneau annonce 40 minutes, j’en mets 20 malgré quelques passages raides. Puis direction le col de Gamel. Là, les choses se corsent : la montée devient plus raide à travers la forêt domaniale de Sem. Depuis Siguer, ma montre affiche 7 km de montée continue.
Au col, je bifurque à droite pour grimper vers le plateau de Montcamp. Fini la forêt, place aux estives et au plein soleil. Le sommet à 1905 m est visible, mais encore loin, j’y arrive vers 13h15. Pause sandwich bien méritée, quelques bricoles du sac, et un regard vers le plateau de Bielle, prévu pour demain.
En consultant le roadbook, je repère une cabane ravitaillée par l’association des Amis GRdistes : la cabane de Clarans. Ce sera mon point de chute ce soir.
Je descends vers la cabane de Ballédreyt. Pas de difficulté particulière, si ce n’est les balisages qui disparaissent. Heureusement, ma montre me guide. À la cabane, une petite épicerie bien garnie : une aubaine. Trois CapriSun à 1 € pièce, je ne me prive pas.
Je poursuis la descente, traverse quelques ruisseaux, puis attaque une montée à 29 % sur un peu plus d’un kilomètre. Ça pique. Au col de Sirmont, petit répit, puis descente immédiate à travers la forêt. Ma montre perd le signal GPS, pas de réseau pour consulter la carte. Je me fie aux balisages, rares mais salvateurs.
Je traverse une passerelle au-dessus du ruisseau de Siguer, puis rejoins une route. La cabane de Clarans est à 10 minutes hors GR10. Il est 16h, je ne pousserai pas plus loin. La cabane est convoitée, mieux vaut s’y poser tôt.
À peine arrivé, deux frères qui font le GR dans le sens inverse débarquent, se servent dans la cantine. Un couple les suit de près. Du passage, mais tout le monde repart.
Finalement, je suis seul. Enfin… jusqu’à l’arrivée d’Éric, membre des Amis GRdistes, venu ravitailler la cabane. On discute, on échange, et on réalise qu’on s’est déjà croisés, quelques jours plus tôt, sous les anciennes mines de Bentaillou.
À son départ, je prépare mon repas : semoule, lentilles corail, tortillas à la sardine et fromage. Pas de feu d’artifice pour ce 14 juillet, mais une ribambelle de cols et une belle rencontre. C’est bien suffisant.
Cervidés, crêtes et une mer de nuages pour le final
La nuit à la cabane de Clarans n’a pas été mauvaise — et ça mérite d’être souligné. Le réveil sonne à 6h, la journée s’annonce longue. Un peu avant 7h, je débute cette 22ème étape.
Première mission : retrouver le GR10 à 500 m. Et comme souvent, ça commence par un détour. Puis j’entame la montée dans la forêt. Chaotique serait un euphémisme. Ma montre perd le signal GPS, les balisages semblent absents ou invisibles, je suis un peu perdu. Je sors le téléphone pour me guider, et tant bien que mal, je retrouve le GR.
La montée est raide, la brume ajoute une ambiance presque mystique. Soudain, un bruit. Je m’arrête, à l’affût. Et là, surgit un cervidé — chevreuil, biche, peu importe — qui traverse le sentier comme une flèche et dévale la pente à une vitesse que même Kilian Jornet ne pourrait suivre.
Je reprends la montée, longue de 7 km selon ma montre. En sortant de la forêt, quelques raidillons persistent, puis la pente s’adoucit. Je passe devant la cabane d’Artaran, puis suis une piste tranquille. Un élevage de chiens de traîneau apparaît, puis le plateau de Bielle. J’espérais y prendre un vrai petit déjeuner, mais rien n’est ouvert avant 9h30. Il est 8h45. Tant pis, je repars, le ventre un peu déçu.
Les petites montées s’enchaînent jusqu’au col de Finestres, où une belle grimpette m’attend. Derrière, la descente est plus douce, avec un petit pierrier à traverser pour atteindre le col de Didorte à 2104 m.
À partir de là, le sentier devient technique et aérien. Je passe le pic de Belh à 2386 m, puis le col du même nom, en longeant les crêtes des Isards. Les mains sont souvent sollicitées. Au col de Terre Nègre, à 2304 m, le terrain redevient plus sage. Direction le refuge de Rulhe.
Mais dans mon empressement, je rate le virage du GR10 et fonce tout droit vers le refuge. Omelette, coca, pause bien méritée… mais je réalise que je suis hors parcours. Résultat : un aller-retour de 3 km pour rien, et une bonne heure envolée.
Je remonte, un peu agacé, mais décidé à reprendre le fil. Je retrouve le croisement manqué, descends vers un petit lac, puis contourne le lac Bleu à travers une série de pierriers. Enfin, j’atteins les crêtes de la Lhasse, à plus de 2400 m. Et là, spectacle total : une mer de nuages à 360°, silence absolu, moment suspendu.
Il ne reste plus qu’à descendre vers Mérens, en passant près du lac de Comte et en longeant le Mourguillou. En chemin, les myrtilles font leur retour. Impossible de ne pas s’arrêter pour quelques dégustations.
Je termine la journée au gîte de Nabre, en haut de Mérens. Une étape intense, marquée par les contrastes, les détours, et une mer de nuages en guise de feu d’artifice intérieur.
Du col de Besines au sommet du Carlit, une journée pour marquer le pas
Le réveil est un peu raide ce matin, quelques courbatures se font sentir. Petit déjeuner avalé, je démarre à 7h30, directement en montée. Le sentier suit la rivière Nabre, alternant paliers et ressauts. Ça monte, ça s’adoucit, puis ça grimpe à nouveau. Le rythme s’installe.
Un virage à droite me fait quitter la rivière, et là, la pente se durcit jusqu’au Porteille de Besines, à 2333 m.
La descente vers le refuge de Besines est plus douce. J’y fais une pause rapide avant de repartir vers le col de Coma d’Anyell.Ce col marque une transition importante : fin de l’Ariège, début des Pyrénées-Orientales.
Le début est tranquille, mais les éboulis s’invitent sur la fin. Au sommet, la vue s’ouvre sur l’étang du Lanoux, le plus grand lac des Pyrénées. Impressionnant.
Je descends rapidement vers la cabane de Rouzet pour une pause repas. C’est ici que le choix se pose : suivre le GR10 ou emprunter la variante que j’ai préparé depuis quelques jours. L’envie de rejoindre Bolquère aujourd’hui est forte. Ce sera une grosse journée, mais je sais que je regretterais de ne pas tenter cette option.
Je quitte donc le GR10, longe le Lanoux, puis bifurque à gauche pour rejoindre la HRP. Direction le Carlit, sommet des Pyrénées-Orientales à 2921 m. L’approche se fait bien, quelques raidillons à passer. Mais en arrivant au petit étang de Forats, les choses sérieuses commencent : environ 2 km de pente ultra raide dans la caillasse.
La montée est exigeante. Plusieurs passages possibles, il faut choisir le moins pire. Je mets près d’une heure pour grimper les 2,3 km et les 450 m de D+, soit une pente moyenne de 20 %. C’est rude, mais au sommet, la récompense est immense : une vue panoramique sur les lacs des Bouillouses, avec le Canigou en toile de fond.
Je prends le temps de savourer, puis entame la descente. Technique et raide au début, elle devient plus roulante en traversant la zone des lacs. Plus longue que prévu, c’est un vrai labyrinthe de sentiers.
Arrivé à l’hôtel-restaurant au pied du barrage des Bouillouses, je m’offre une pause boisson-glace, combo fraîcheur bien mérité. Il est 17h il me reste 11 km, je repars vers Bolquère, objectif : arriver avant 19h30 pour le dîner.
Le sentier est globalement plat ou en descente. J’en profite pour courir par intermittence. Je traverse des prairies, la forêt de Bolquère, passe l’étang de la Pradella, non loin de celui de Ticou, et le domaine skiable de Pyrénées 2000.
Courbatures, cols et un parfum de Méditerranée
Malgré une bonne chambre, la nuit n’a pas été simple. Une gêne apprait, mais le chemin continue. Petit déjeuner tardif au gîte, je pars à 8h40, un peu à contretemps.
Première mission du jour : trouver un distributeur. Une quête devenue presque impossible. Je descends à La Cabanasse, tente ma chance à la Poste — réservée aux clients. Mais l’épicerie locale accepte les retraits Crédit Agricole. Un peu élitiste, mais je suis sauvé.
Dès cette portion de descente, je ressens une gêne persistante. Rien de très technique, mais le corps ne suit pas comme d’habitude. Je poursuis vers Planès, puis attaque la montée vers le Plas de Cedelles à 1911 m. Heureusement, la forêt offre un peu de fraîcheur face à la chaleur du jour.
Le sentier redescend vers la rivière Riberola, que je longe d'un côté puis de l'autre avant d’arriver au refuge d’Orri. Pause repas, remplissage des gourdes, tentative de récupération. Mais la gêne s’accentue, et l’allure ralentit.
Je repars vers le col Mitja, à près de 2400 m. La montée est longue, et dans mon état, elle semble interminable. La chaleur n’aide pas. Au col, une grande descente m’attend, serpentée, vers le refuge de la Ras de la Carança. Je prends quelques raccourcis entre les lacets pour gagner du temps. La douleur est moins présente, ou peut-être est-ce l’effet de l’ibuprofène. Mais je sens bien que ce n’est pas le top.
Petite halte au refuge, puis je repars vers le coll del Pall. Avant cela, il faut traverser la Carança, une portion agréable avec ses rivières et sa forêt. La montée vers le col est raide, dans un décor familier. Presque l’impression de rejouer la scène précédente.
Au col del Pall, le spectacle est là : le Canigou, majestueux, que je devrais affronter dans deux jours. Et, au loin, une lueur bleutée — la Méditerranée ? Peut-être. En tout cas, le Sud est là, dans les odeurs de pins et les sentiers calcaires.
La descente vers la cabane de l’Alemany, à 1986 m, a des airs méditerranéens. Mais elle est longue, et douloureuse. Les pauses se multiplient, l’allure ralentit. J’arrive tard à la cabane, déjà occupée. Je n’ai pas très faim, la douleur prend le dessus. Une seule chose en tête : que la nuit soit réparatrice, pour pouvoir continuer et finir ce périple.
Derniers pas, derniers doutes, et une pause nécessaire
Ce matin, ce n’est pas beaucoup mieux que la veille. La nuit n’a pas été réparatrice, et le corps ne répond plus comme il le devrait. Je décide de me rendre à Vernet pour trouver une pharmacie et tenter de me remettre d’attaque.
Je range mes affaires, grignote à peine, et prends le sentier à 7h40. Il y a 22 km pour rejoindre Vernet — ça risque de piquer.
Dès les premiers pas, l’allure est faible. Je sens que ça va être une galère sans nom. Quatre kilomètres de descente vers Mantet, déjà laborieux. Je traverse le hameau, puis grimpe vers le col de Mantet à 1760 m. C’est encore plus long, plus compliqué. Il va falloir trouver une solution pour limiter les dégâts.
Au col, quelques voitures sont garées. Je pense au stop. Mais la route serpente longuement, bien plus que le GR10. Et les gens montent le matin, redescendent l’après-midi. Peu de chance de croiser quelqu’un dans mon sens.
Je choisis le GR. La descente n’est pas difficile en soi, mais dans mon état, tout devient compliqué. Par chance, le GR rejoint la route sur une portion, et une voiture arrive. Je tente ma chance. Elle s’arrête. Le conducteur habite Vernet. Il me dépose devant la pharmacie. Un coup de pouce du destin.
Il est 11h. J’ai de quoi me soigner, le temps de récupérer. Je me dis que tout va s’arranger. J’ai une journée d’avance sur le programme, je peux m’offrir une pause.
Mais dans la soirée, rien ne s’améliore. La gêne devient douleur, et la guérison semble lointaine — une semaine, peut-être deux. À contre-cœur, avec une immense déception, je décide d’arrêter ici.
La frustration est là, bien présente. Cette douleur, sans lien direct avec la randonnée, aura eu raison de moi. Et il ne reste que cinq étapes. Cinq petites étapes pour toucher la mer.
Ce n’est qu’un au revoir. Il faudra revenir. Pour finir ce petit morceau du GR10. Pour boucler ma traversée des Pyrénées.
Retour sur le GR10 : Canigou, crêtes et gypaète
Quinze septembre. Presque deux mois depuis mon arrêt forcé, et me voilà de retour. Cette fois, direction Py – si le bus veut bien passer. Avec LIO, la surprise est toujours au rendez-vous. 7h30, rien. 7h35, j’hésite à appeler. Le temps de pianoter le numéro, le car pointe son capot. Soulagement. À 8h pile, me voilà déposé au cœur de Py. Bâtons en main, veste rangée : à 8h03, je repars pour de bon.
Premier objectif : le Canigou.
Le sentier commence par descendre doucement, sous une lumière spectaculaire, avant de remonter vers le col de Jou. De là, ça s’élève plus franchement, mais sans brutalité. Jusqu’au refuge de Mariailles, le chemin serpente sous la voûte forestière, avec partout le murmure de l’eau et cette végétation étonnamment verte pour la saison.
Après un arrêt éclair au refuge, je quitte le GR10 : cap sur le sommet. Les premiers mètres sont une marche d’approche tranquille, puis la pente se redresse. Je me fie aux balisages jaunes, jusqu’à suivre ceux qui m’envoient vers la crête Barbet. Mauvais choix : je m’éloigne du sommet. La carte confirme, demi-tour. Quarante-cinq minutes de perdues.
Cette fois, je prends le bon chemin, à travers un chaos d’éboulis. Des randonneurs m’indiquent que c’est « tout droit, vingt minutes ». Je range les bâtons : il va falloir poser les mains. Deux traileurs me dépassent ; l’un d’eux connaît bien le secteur. Parfait, je les suis jusqu’à la fameuse brèche Durier. Reste la cheminée du Canigou : 15 à 20 mètres à grimper, presque verticale. Dans le passage, nous recueillons un Anglais un peu perdu et pas très rassuré. Ensemble, nous atteignons le sommet, vers 13 h.
La vue est à couper le souffle. Les brumes jouent avec les crêtes et m’empêchent de voir la Méditerranée, mais qu’importe : le moment est grandiose. Sandwich en main, je savoure.
Je commence la descente en longeant la crête de la Porteille, contourne le pic Joffre, puis alterne course et marche jusqu’au lac de l’Estanyol. Arrêt express aux Cortalets : deux diabolos, dont un qui reste un peu sur l’estomac. Puis c’est reparti pour une dizaine de kilomètres.
Soudain, dans un virage, un gypaète barbu s’envole à cinq mètres de moi. L’instant est suspendu, magique. Je reste planté là, le cœur battant, avant de reprendre ma route.
Passé le refuge de l’Estanyol, une nouvelle montée de 2,5 km me coupe les jambes. Au ravin de Pèl de Ca, le terrain s’adoucit ; je trottine par intermittence. Il est presque 18 h quand j’atteins le refuge de Batère : 39 km dans les jambes, et encore 12 km de descente à avaler. Heureusement, un monsieur me propose de m’amener à Arles-sur-Tech. Je n’hésite pas longtemps : c’est l’occasion de gagner du temps et d’épargner un peu mes jambes.
À l’arrivée au centre Sud Canigou, l’accueil est royal : dortoir pour moi seul, repas rien que pour moi – je suis leur unique client du soir. La responsable me glisse même un tuyau : demain, je peux passer par l’Espagne pour gagner cinq kilomètres et profiter d’un paysage plus sauvage. Je valide sans hésiter.
Canigou – Perthus : Des crêtes embrumées à la frontière
Réveil à 6h30. Petit déjeuner avalé, sac sur le dos, je quitte le centre Sud Canigou à 7h27. Pas le temps de chauffer : après 500 mètres, la montée commence. Quatre kilomètres d’ascension franche pour réveiller les jambes.
Avant la prochaine difficulté, presque trois kilomètres de répit : j’en profite pour courir. La forêt est encore présente, bruissante de vie. À plusieurs reprises, j’entends des animaux détaler – sans doute des chevreuils – mais je ne vois jamais que les herbes frémir sur leur passage.
Au 7ᵉ kilomètre, une petite bosse m’oblige à ralentir – ou à récupérer, selon le point de vue. Puis je plonge vers le gîte du Moulin de la Palette, pause rapide pour une dose de sucre (coca obligatoire). La trace emprunte ensuite un bout de route en descente : parfait pour dérouler un peu les jambes. Au niveau du gîte de Faegassa, le GR10 bifurque à gauche et grimpe sec quelques mètres avant de se transformer en chemin roulant, idéal pour courir.
Alternance course/marche jusqu’à Montalba, puis une montée douce d’un kilomètre, une descente du même acabit et me voilà face à la grosse difficulté du jour : le Roc de France. L’ascension débute tranquillement jusqu’au col Cerdà, puis la forêt se referme et la pente se raidit. L’ambiance devient presque mystique, la brume s’invite et absorbe les sons. Je passe le Roc de France sans vraiment m’en rendre compte – seul le début de la descente m’indique que le sommet est derrière moi.
Un croisement : hésitation. À droite ou à gauche ?
Je choisis la gauche, aperçois le balisage du GR10, mais ma montre me dit le contraire. Demi-tour. Je tente à droite. Mauvais plan : me voilà sur une crête que je voulais éviter. Quelques marques jaunes, parfois absentes, mais le chemin finit par passer. S’enchaînent alors plusieurs petits sommets entre 1420 et 1450 mètres d’altitude. Dommage que le ciel reste bouché : par beau temps, la vue doit être superbe. La descente suivante se fait sur une large piste forestière.
Au col de Pou de la Nou, je retrouve le GR10… pour mieux le quitter. Sur les conseils de mon hôte de la veille, je file côté espagnol. Direction le refuge des Salines (fermé), puis cinq kilomètres de descente rapide, tantôt en single, tantôt sur piste. Malgré le rythme, je m’arrête pour admirer le château de Cabrera, perché sur son promontoire, et pour savourer ce moment : la mer apparaît enfin à l’horizon.
De retour en France, j’atteins Las Illas, hésite un instant, puis retrouve mon parcours – toujours en évitant volontairement le GR10. Remontée de la route de Manrell, puis au col de Figuer, je bascule sur un sentier. Une dernière bosse et c’est la grande descente. Les kilomètres défilent en courant, sur des pistes qui semblent faites pour ça.
Au col de Priorat, je quitte la piste pour un sentier qui grimpe à nouveau : je repasse à la marche. Partout, des chênes-lièges. Au loin, le Perthus se dessine, avec son autoroute bruyante et le superbe fort de Bellegarde qui domine la vallée.
Je passe juste en contrebas du fort, puis, après deux derniers kilomètres, j’arrive enfin au Perthus. Ce soir, repos bien mérité chez Paco.
De Perthus à Banyuls : le dernier souffle du GR10
Les jambes tiennent étonnamment bien après 80 km en deux jours. Aujourd’hui, c’est le dernier acte de cette traversée pyrénéenne. Départ tôt pour profiter du lever du jour.
7h15 : il fait à peine jour lorsque je traverse les rues encore calmes du Perthus. Je passe sous l’autoroute, et déjà le chemin s’élève vers le coll de la Comtessa. Derrière moi, le Canigou s’embrase de teintes orangées et rosées sous les premiers rayons du soleil.
Deux kilomètres plus tard, j’atteins le col et le terrain devient plus doux : parfait pour reprendre la course par alternance. Le sentier file le long de la frontière jusqu’au coll de l’Alzina, puis s’en éloigne progressivement pour atteindre le coll del Ras. Ce point marque la dernière vraie difficulté du GR10 : cinq kilomètres d’ascension pour rejoindre le Puig Neulos.
Je fais une courte halte au chalet de l’Albère pour recharger les batteries, puis la montée reprend, d’abord sous les arbres jusqu’au coll d’Ullat, ensuite dans une large zone herbeuse qui ondule jusqu’au sommet.
Au Puig Neulos, le vent souffle mais je prends le temps de m’arrêter. Devant moi, la vue se déploie : d’un côté, le massif du Canigou s’étend majestueux ; de l’autre, la Méditerranée scintille, promesse d’arrivée. Les antennes relais gâchent un peu le décor, mais rien ne peut vraiment ternir ce moment.
La descente s’engage enfin, et pour la première fois je vois une indication : Banyuls 19,5 km. Le début est technique, puis le sentier devient plus roulant, longeant encore la crête frontalière. Je franchis un à un les derniers cols – del Fraig, de la Carbassera, del Terres – ainsi que quelques petits sommets comme le Puig d’Orri et le Puig del Pradets.
Encore une descente raide qui m’oblige à lever le pied, mais déjà la vue de Banyuls, tout en contrebas, annonce l’épilogue. Au coll del Pal, une ultime montée me rappelle que la montagne ne se laisse jamais tout à fait quitter. Puis vient la dernière descente, à travers les vignes, comme une plongée vers la mer.
Une pancarte : « Fin du GR10 – Mairie de Banyuls ». Les derniers mètres se font presque en flottant. J’entre dans le village, traverse quelques rues, coupe l’avenue de Gaulle, et me voilà sur le front de mer. Une dernière balise rouge et blanche me fait tourner à droite : là, devant la mairie, la mosaïque m’accueille.
Il est à peine 14 h. Je suis arrivé. La traversée pyrénéenne s’achève ici, face à la Méditerranée.






































































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